La plupart des gens attendent le bon moment.
Plus d’argent. Plus d’expérience. Plus de certitudes. Une meilleure moto. Un plan plus sûr.
Lea Rieck a fait quelque chose de bien plus difficile : elle a cessé d’attendre.
En 2016, elle a laissé derrière elle une vie stable, enfourché sa Triumph Tiger 800 – baptisée Cleo – et pris la route seule. S’en est suivi un voyage de 18 mois à travers six continents et plus de 90 000 kilomètres.
Mais ce n’est pas la distance qui donne tout son poids à son histoire.
La véritable histoire, c’est la décision de partir avant que tous les doutes aient disparu.
Il n’est pas nécessaire de ne plus avoir peur pour commencer. Parfois, le courage consiste simplement à partir alors que la peur est encore assise derrière vous.
Une vie qui semblait parfaite sur le papier
Née à Munich en 1986, Lea a d’abord suivi un parcours logique. Elle a étudié l’histoire de l’art, la gestion d’entreprise et le droit à l’université Ludwig-Maximilian, avant de travailler dans le journalisme et le conseil.
Une vie respectable. Une vie raisonnable.
Et, manifestement, cela ne suffisait pas.
Beaucoup de motards connaissent cette forme particulière d’agitation. Rien ne va forcément mal, mais quelque chose vous appelle. Une route jamais prise. Une frontière jamais franchie. Une version de vous-même que vous n’avez pas encore rencontrée.
Pour Lea, cet appel a fini par devenir plus fort que toutes les raisons de rester.
Une moto. Aucune réponse facile.
Son tour du monde l’a menée à travers l’Europe, l’Asie, l’Australie, l’Amérique du Sud et l’Afrique. Elle a traversé des montagnes, des déserts, des villes bondées et des régions où le prochain garage, hôtel ou visage familier pouvait se trouver à plusieurs jours de route.
Sur une carte, l’itinéraire paraît extraordinaire.
Depuis la selle, il signifiait quelque chose de moins romantique : fatigue, incertitude, problèmes mécaniques, frontières compliquées, cultures inconnues et responsabilité permanente de prendre seule la prochaine décision.
Le voyage d’aventure est souvent réduit à des couchers de soleil dorés et des routes désertes. La réalité comprend aussi les mauvais virages, les nuits médiocres, la peur, la frustration et les jours où faire demi-tour semblerait plus simple.
C’est précisément pour cela que le voyage de Lea résonne autant. Son histoire n’avait pas besoin de paraître facile pour mériter d’être racontée.
La force de voyager seule
Voyager seul exige déjà une grande résilience. Le faire en tant que femme ajoute une couche supplémentaire d’hypothèses, d’avertissements et d’opinions non sollicitées.
Le voyage de Lea a remis en question l’idée dépassée selon laquelle l’aventure appartiendrait à un certain type de motard. Elle n’a pas prouvé que les femmes peuvent faire le tour du monde à moto. Cela n’a jamais vraiment été la question.
Elle a montré ce qui arrive lorsque quelqu’un refuse de transformer les limites des autres en ses propres limites.
La route se moque de votre genre, de votre titre professionnel ou de la qualité de vos excuses. Elle demande seulement si vous êtes prêt à continuer.
Ce message dépasse largement la moto. Nul besoin de traverser six continents pour le comprendre. Parfois, la décision courageuse est un long voyage. Parfois, c’est acheter la moto, faire sa première sortie en solo ou admettre que la vie approuvée par tout le monde n’est pas celle que l’on souhaite.
De la route à Got2Go
Lea continue de partager ses expériences sur Got2Go, où le voyage à moto devient bien plus qu’une succession de destinations.
Ses vidéos associent une narration visuelle forte à la réalité concrète du voyage à deux roues. Les paysages sont spectaculaires, mais ce sont les moments humains qui leur donnent du sens : l’incertitude avant un passage difficile, les rencontres en chemin et les petites décisions qui permettent de continuer.
Sa traversée de la Mongolie dans ce film Got2Go en est un excellent exemple.
« Sag dem Abenteuer, ich komme »
Son livre, Sag dem Abenteuer, ich komme, transforme le voyage en quelque chose de plus personnel qu’un simple récit de route.
Il parle de mouvement, mais aussi de transformation. De ce qui se passe lorsque les structures familières disparaissent et qu’il faut faire confiance à son jugement, accepter l’aide d’inconnus et poursuivre sans savoir exactement à quoi ressemblera le prochain chapitre.
Le titre capture parfaitement cet état d’esprit. L’aventure n’est pas quelque chose qui vous tombe dessus par hasard. C’est quelque chose auquel vous choisissez de répondre.
Pourquoi Lea Rieck compte pour nous
Chez Rottweiler Motors, les histoires trop lisses de personnes qui ont toujours su exactement ce qu’elles faisaient ne nous intéressent pas.
Ce qui nous intéresse, ce sont celles et ceux qui sont partis malgré tout.
Les motards qui se sont perdus, ont improvisé, sont tombés en panne, ont demandé de l’aide et sont rentrés différents. Ceux qui savent que la liberté est rarement confortable et que les meilleures histoires commencent souvent lorsque le plan cesse de fonctionner.
Lea Rieck incarne cette forme de courage.
Pas la version bruyante et cinématographique. La version plus discrète. Celle qui charge la moto, ferme la porte et accepte que la certitude n’arrive peut-être jamais.
Vous n’avez pas besoin de 90 000 kilomètres
Il est facile de lire une histoire comme celle de Lea et de croire qu’elle appartient à une autre catégorie d’êtres humains : aventuriers professionnels, voyageurs sans peur, personnes disposant de plus de temps ou de moins de responsabilités.
C’est passer à côté de l’essentiel.
La valeur de son histoire n’est pas que tout le monde devrait quitter son travail et faire le tour du monde. Elle réside dans l’idée qu’une vie peut changer lorsque l’on cesse d’attendre la permission.
Votre version peut être plus petite. Un week-end seul. Une route devant laquelle vous êtes toujours passé. Un premier voyage sans savoir où vous dormirez. Petit ne signifie pas insignifiant.
Toute véritable aventure commence de la même manière : par une décision qui rend l’ancienne vie légèrement moins certaine.
Peut-être que le monde ne vous demande pas d’en faire le tour. Peut-être vous demande-t-il simplement de commencer.
Découvrez d’autres histoires sur les personnes, les machines et les voyages qui façonnent la culture moto dans le journal Riding Culture de Rottweiler Motors.