BMW avant la GS : les motos oubliées qui ont créé une icône

BMW Before the GS: The Forgotten Motorcycles That Created an Icon

Philippe Hänni |

Aujourd’hui, les lettres GS sont indissociables de la moto d’aventure. Qu’il s’agisse de traverser des continents, de gravir des cols alpins ou d’explorer des pistes désertiques isolées, les modèles GS de BMW ont acquis la réputation de faire partie des motos les plus capables jamais construites. De la première R80 G/S à l’actuelle R1300 GS, la gamme est devenue la référence à laquelle presque tous les trails sont comparés.

Mais l’histoire de la GS n’a pas commencé en 1980.

Ses origines remontent à plus d’un demi-siècle, à travers des innovations techniques, des motos militaires, des machines de grand tourisme et une recherche constante de fiabilité. Bien avant de construire ce que beaucoup considèrent comme la première moto d’aventure moderne, BMW avait déjà posé ses fondations.

La R80 G/S ne fut pas une révolution soudaine. Elle fut le résultat de décennies d’évolution.

Le commencement : la BMW R32

L’histoire débute en 1923 avec la présentation de la BMW R32, la toute première moto de la marque.

Conçue par l’ingénieur Max Friz, la R32 introduisit deux caractéristiques qui allaient devenir des signatures BMW pendant des générations :

  • Un moteur boxer à cylindres opposés horizontalement
  • Une transmission par cardan plutôt que par chaîne

À l’époque, ces deux solutions étaient inhabituelles. La plupart des constructeurs utilisaient des chaînes ou des courroies, alors que BMW choisit le cardan pour sa propreté, sa durabilité et son faible entretien.

Le moteur boxer apportait lui aussi des avantages particuliers. Son centre de gravité bas améliorait la stabilité, tandis que les cylindres exposés profitaient d’un excellent refroidissement par l’air.

Plus de cent ans plus tard, ces mêmes caractéristiques restent au cœur des motos d’aventure les plus importantes de BMW.

Quand chaque route était une aventure

Il est facile d’oublier que, dans les années 1920 et 1930, les routes goudronnées étaient relativement rares. En dehors des grandes villes, les motards rencontraient régulièrement du gravier, des chemins de terre, de la boue, des pavés et des cols qui ressemblaient davantage à des sentiers accidentés.

D’une certaine manière, chaque moto devait alors être une moto d’aventure.

Les machines BMW se forgèrent rapidement une réputation de fiabilité remarquable dans ces conditions difficiles. Des modèles comme les R11, R12 puis R71 devinrent des compagnes appréciées pour les longs voyages à travers l’Europe.

Elles n’étaient pas conçues pour le tout-terrain tel que nous l’entendons aujourd’hui, mais elles prouvèrent que durabilité et confort pouvaient coexister.

Les leçons de la BMW R75

L’un des chapitres les plus importants de l’histoire de BMW se déroula pendant la Seconde Guerre mondiale avec le développement de la BMW R75.

Principalement destinée à un usage militaire, la R75 fut conçue pour fonctionner dans certains des environnements les plus difficiles imaginables. Elle traversa les déserts d’Afrique du Nord, les routes boueuses d’Europe de l’Est et des régions montagneuses enneigées où les motos conventionnelles peinaient.

Sa philosophie technique se concentrait avant tout sur une idée :

Continuer d’avancer, quelles que soient les conditions.

La R75 proposait :

  • Un moteur boxer robuste
  • Une transmission par cardan réduisant l’entretien
  • Une excellente garde au sol
  • Une mécanique simple
  • Des réparations faciles sur le terrain

Bien qu’elles aient été développées pour un usage militaire, ces qualités allaient plus tard devenir des caractéristiques majeures des motos d’aventure.

Les années du grand tourisme

Après la guerre, BMW se tourna à nouveau vers les motards civils.

Durant les années 1950 et 1960, des motos comme les R50, R60 et la légendaire R69S devinrent des machines de voyage populaires. Elles n’étaient ni destinées à la compétition ni au tout-terrain extrême. Elles privilégiaient la fiabilité, le confort et les longues distances.

Ces motos introduisirent une autre philosophie qui allait plus tard façonner la GS :

Une moto doit rester confortable après des centaines de kilomètres, pas seulement pendant les cinquante premiers.

Cette vision définit toujours les motos d’aventure BMW aujourd’hui.

La révolutionnaire série /5

En 1969, BMW présenta la série /5 entièrement redessinée, composée des R50/5, R60/5 et R75/5.

Par rapport aux générations précédentes, ces motos semblaient modernes dans tous les domaines.

  • Démarreur électrique
  • Suspensions améliorées
  • Meilleur comportement routier
  • Construction plus légère
  • Moteurs plus puissants

Bien qu’elles restent orientées vers la route, leurs propriétaires commencèrent de plus en plus à explorer des pistes en gravier et des destinations isolées, simplement parce que ces machines inspiraient confiance.

L’envie de voyager plus loin grandissait rapidement.

L’essor du voyage au long cours

Tout au long des années 1970, une nouvelle génération de motards se mit à rêver plus grand que jamais.

Au lieu de simples sorties de week-end, ils planifièrent des expéditions à travers les continents.

Des motards roulèrent d’Europe jusqu’en Inde, traversèrent le Sahara, explorèrent l’Amérique du Sud et s’aventurèrent dans des régions où les routes goudronnées existaient à peine.

Cela révéla une lacune importante sur le marché.

Les enduros légères étaient excellentes en tout-terrain, mais inconfortables sur de longues distances autoroutières.

Les grosses routières offraient un confort exceptionnel, mais devenaient lourdes et difficiles dès que l’asphalte s’arrêtait.

Les motards voulaient une seule machine capable de faire les deux.

Le Paris–Dakar change tout

La première édition du Paris–Dakar en 1979 transforma l’industrie de la moto presque du jour au lendemain.

Contrairement aux courses traditionnelles, le Dakar exigeait autant de fiabilité que de vitesse.

Les concurrents affrontaient des milliers de kilomètres de dunes, de pierres, de lits de rivières et de désert ouvert. Les pannes mécaniques se révélaient souvent plus décisives que le talent du pilote.

BMW identifia immédiatement une opportunité.

Le moteur boxer offrait un excellent couple, un centre de gravité bas et une durabilité remarquable. La transmission par cardan supprimait l’entretien constant d’une chaîne dans le sable et la poussière.

Le seul véritable désavantage était le poids.

Les ingénieurs BMW se mirent à résoudre ce problème.

Le projet de développement secret

Chez BMW, des ingénieurs commencèrent à travailler sur un concept entièrement nouveau.

Le but n’était pas de construire une nouvelle routière.

Il ne s’agissait pas non plus de créer une enduro de compétition.

Ils imaginèrent plutôt une moto capable de quitter Munich, traverser l’Europe, affronter le Sahara puis rentrer sans camion d’assistance.

Pour y parvenir, elle devait disposer de :

  • Suspensions à grand débattement
  • Une grande roue avant de 21 pouces
  • Un poids réduit
  • Un moteur boxer fiable
  • Du confort pour les longues distances
  • De véritables capacités tout-terrain

Aucun constructeur n’avait encore réussi à réunir toutes ces qualités.

L’arrivée de la R80 G/S

En 1980, BMW dévoila la moto qui allait tout changer : la R80 G/S.

Son nom signifiait Gelände / Straße, soit « tout-terrain / route ».

Elle ne ressemblait à rien d’autre sur le marché.

Pour la première fois, les motards pouvaient profiter de :

  • Un puissant boxer de 798 cm³
  • Un bon confort autoroutier
  • Des suspensions à grand débattement
  • Une transmission par cardan demandant peu d’entretien
  • De sérieuses capacités tout-terrain

La moto prouva rapidement sa valeur en rallye international, notamment au Paris–Dakar, où BMW remporta plusieurs victoires durant les années 1980.

La légende GS était officiellement née.

Pourquoi la GS était différente

De nombreuses motos polyvalentes existaient déjà lorsque la R80 G/S apparut.

Ce qui distinguait l’approche de BMW était l’équilibre.

La GS n’était pas simplement une moto de cross équipée de phares.

Ce n’était pas non plus une routière chaussée de pneus à crampons.

Elle excellait réellement dans les deux domaines.

Les motards pouvaient passer plusieurs jours confortablement sur l’autoroute avant d’attaquer avec confiance des sentiers de montagne, des pistes en gravier ou des traces désertiques.

Cette polyvalence créa une catégorie entièrement nouvelle qui allait devenir celle de la moto d’aventure.

Un héritage toujours vivant

Les GS modernes disposent de technologies que les premiers ingénieurs BMW auraient à peine pu imaginer.

Suspensions adaptatives, ABS en virage, régulateur de vitesse assisté par radar, multiples modes de conduite et écrans TFT ont transformé l’expérience.

Pourtant, sous toute cette électronique, la philosophie reste remarquablement identique.

Chaque GS est toujours conçue pour accomplir une chose exceptionnellement bien :

Emmener son pilote partout.

Le moteur boxer reste au cœur de la machine. Le cardan continue de réduire l’entretien lors des longs voyages. Le confort reste aussi important que les capacités.

Le célèbre badge GS est apparu en 1980, mais ses bases se sont construites pendant près de six décennies d’innovation continue.

Conclusion

Le succès de la BMW GS ne résulte pas d’une seule idée brillante. Il est l’aboutissement de décennies passées à perfectionner des motos privilégiant la fiabilité plutôt que la complexité, la fonctionnalité plutôt que la mode et l’endurance plutôt que la vitesse pure.

De la pionnière R32 à la R75 militaire, en passant par les élégantes routières des années 1950 et l’innovante série /5, chaque génération apporta un élément qui allait finalement façonner la R80 G/S.

Lorsque la première GS arriva enfin, elle n’inventa pas la philosophie de BMW. Elle rassembla simplement tout ce que la marque avait appris depuis 1923.

Plus de quarante ans plus tard, la GS reste l’une des motos les plus respectées au monde parce que sa mission d’origine n’a jamais changé : rendre possible chaque route et chaque destination.

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